La croix, c’est le rejet. La croix, c’est le signe qui nous dit que le monde rejette Jésus-Christ et son Evangile. Et le monde, c’est nous ! Les pharisiens qui se sont dressés en bloc contre Jésus, parce que pour eux la façon dont il parlait de Dieu – c’est-à-dire comme d’un Dieu qui a plus de joie pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes – était scandaleuse, c’est nous. Les Romains qui dans leur soif de puissance voyaient en Jésus-Roi un concurrent, c’est encore nous. Nous savons cela. Et pourtant, la ressemblance entre ces gens-là et nous a une limite, du moins c’est ce que nous pensons. Eux, ils ont mis à mort un homme : Jésus. Voilà ce que nous, qui sommes tout de même un peu plus « civilisés », ne faisons plus.


La croix signifie le rejet. Or, le rejet peut se faire autrement que par une mise à mort. Nous nous reconnaissons sans doute davantage en ces Grecs si polis qui après avoir écouté l’apôtre Paul, qui leur transmettait la bonne nouvelle de Jésus-Christ, lui disaient de façon si courtoise : « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois ». Mais un rejet reste un rejet. Refuser Jésus et son message, même si cela se fait de façon très polie, c’est toujours le refuser…


Quand Jésus nous demande de porter sa croix, à sa suite, c’est cela. C’est prendre le risque d’être rejeté à cause de son message. Or aujourd’hui, ici, nous ne sommes plus crucifiés, nous ne sommes plus jetés en prison à cause de nos opinions. Mais le risque est toujours là qu’on nous dise gentiment, avec un sourire quelque peu moqueur et avec une pointe de condescendance : « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois ». Et cela nous fait peur ! Très peur ! Tellement peur que cela risque de nous rendre muets.


Les Grecs à qui l’apôtre Paul adressait son message étaient des personnes « qui passaient leur temps à raconter et à écouter les dernières nouveautés » (Actes 17, 21). Non la bonne nouvelle de Jésus-Christ n’est certes pas une « dernière nouveauté ». Cette bonne nouvelle a 2000 ans. Cette bonne nouvelle n’est pas une dernière nouveauté, et pourtant, ce message est le seul message qui soit véritablement nouveau. Car il s’agit de ce qui n’a jamais pu monter au cœur de l’homme – pour parler avec l’apôtre Paul (1 Cor. 2, 9).


Ce message nous dit : Dieu tient tellement à nous, malgré nos refus, qu’il s’est montré prêt à mourir pour nous, en son fils, Jésus-Christ. C’est là son amour. Et de cet amour rien ne peut désormais nous séparer, même pas la mort. Voilà le cri de joie de Pâques ! De quoi aurions-nous encore peur ?

 

Pasteur Gaspard Visser ‘t Hooft