Nous sommes appelés à reconnaître dans l’enfant de Noël le « Christ » – c’est-à-dire notre roi – et le « Seigneur », autrement dit le maître de l’univers. Cet acte de reconnaissance, qui fonde la foi des chrétiens, est un acte hautement politique. C’est à lui, Jésus-Christ, le Seigneur, que nous faisons allégeance, c’est lui que nous suivons. Il y en a qui disent : « On ne fait pas de la politique dans l’Eglise. » Eh bien, ce n’est pas vrai, on ne fait que cela. Seulement voilà, Jésus-Christ, notre Seigneur n’est pas comme la tête de liste d’un parti politique. Il n’entre pas en compétition avec ceux qui gouvernent nos pays. Il est au-dessus d’eux, il est loin au-dessus des puissances les plus puissantes de ce monde. Et tant que ces puissances garantissent un vivre-ensemble dans la paix (toujours relative, certes – les hommes sont enclins à la violence), Jésus-Christ nous demande de les respecter, non pas aveuglement, mais tout de même avec loyauté – oui, de façon vigilante et loyale. Car tout au fond, ces puissances ne sont là que dans la mesure où Dieu le permet. C’est pour éviter que le monde sombre dans l’anarchie et le chaos de la loi du plus fort. Respecter les autorités de ce monde, c’est donc un acte d’allégeance à Jésus-Christ. Ceci dit, si ces puissances oublient leur tâche qui est celle d’être au service (!) des hommes et de la paix, et qu’ainsi elles deviennent elles-mêmes source de violence et d’injustice, là il convient de se référer directement au Seigneur Jésus-Christ, qui règne au-dessus d’elles, et de résister. Notre respect des autorités de ce monde trouve là sa limite.

Nous n’en sommes pas là, d’autant moins que nous vivons dans une société démocratique qui nous permet d’agir, chacun et chacune de nous, sur la marche des choses. Ne nous privons pas de ce privilège. Se rebeller trop vite risque de fragiliser notre démocratie, quelles seront les forces qui prendront la relève ?  Mais restons néanmoins très vigilants : dans ce monde tel qu’il est, nous sommes appelés à poser des signes (souvent modestes, mais que Dieu rendra efficaces) de ce Royaume tout autre, nouveau – Royaume de la paix et de la justice que la naissance de notre Sauveur, le Christ Seigneur, annonce. 

 

Gaspard VISSER 'T HOOFT