Marc 11,1-11. Prédication pour le dimanche des rameaux, le 4 Avril 2009 après le G20 et pendant le sommet de l'OTAN...

Il arrive parfois que le peuple descende dans la rue. Au même moment, avec une même revendication, comme un seul homme. Grève générale, union intersyndicale, défilés, slogans chocs, et propos injurieux vis-à-vis de dirigeants incriminés...

En cette saison printanière, et avec les annonces de licenciements qui se succèdent, les manifestations fleurissent : grève du 19 Mars, blocage d'université, prise en otage musclée de tel ou tel directeur d'entreprise et bientôt traditionnel cortège du 1er Mai.

Le peuple descend dans la rue et généralement cela fait peur car cela traduit une désorganisation de la société, un risque de glissement vers l'anarchie, un risque de débordements et de violences. Bref un risque de chaos encore plus grand que celui contre lequel on veut lutter.

Mais si le peuple descend dans la rue, c'est parce que quelque chose ne va pas, c'est que les institutions sont grippées, c'est que le mécanisme social (auquel l'Eglise participe d'ailleurs), ne fonctionne plus bien. Et aujourd'hui, c'est le cas. La crise s'installe entraînant avec elle hausse du chômage et hausse de la contestation populaire.

Alors que peut faire l'Eglise dans un tel contexte? Quelle est l'attitude du chrétien ? Doit-il participer à la contestation ou doit-il au contraire défendre l'ordre établi pour éviter la révolution?

Dans les années 70, on a voulu que l'Eglise sorte de ses murs. On a voulu qu'elle participe au rêve populaire d'une société fraternelle et parfaitement égalitaire. On a fait de Jésus un chef du mouvement hippie, un fondateur de la non violence, de l'objection de conscience, de la désobéissance civile et donc de la révolution.

Nous sommes nous trompés ? Faut-il tirer un trait sur cette manière de voir Jésus ?

Je ne crois pas. Je crois que l'intuition des années 70 est interessante et qu'il convient de ne pas la rejeter en bloc.

Car Jésus a véritablement les traits d'un révolutionnaire.

Quand il entre à Jérusalem, Jésus suscite un mouvement de foule qu'il a dû vraiment inquiéter la préfecture de l'époque. Je peux même vous assurer que les renseignements généraux étaient présents, dissimulés en civile dans la foule. A ce moment de sa vie, Jésus devient un contre pouvoir extrêmenent dangereux pour le pouvoir en place.

Jésus est un révolutionnaire car plutôt que de s'appuyer sur les institutions en place, il s'appuie sur le mouvement populaire, comme dans toute révolution de part le monde. Enfin, Jésus serait un bon communiste puisqu'il ne possède rien, pas même son véhicule pour le défilé : un pauvre ânon qu'il a dû promettre de rendre à son propriétaire !

Jésus est révolutionnaire dans la mesure où il transgresse ostensiblement des lois qui lui paraissent inhumaines.

Il est révolutionnaire dans la mesure où il guérit gratuitement, sans demander de contrepartie.

Il est révolutionnaire dans la mesure où il prêche le bonheur pour les pauvres et le malheur pour les riches.

Alors oui, faire référence à Jésus dans les années 70 pour changer la société n'est pas insensé. Et la fête des rameaux montre bien cette facette révolutionnaire de Jésus : un Jésus qui met en scène son entrée dans Jérusalem pour mieux réjouir la foule.

Peut-on cependant comparer l'entrée de Jésus à Jérusalem avec la manifestation du 1er Mai ?

A priori non. Car ce jour là, à Jérusalem, les gens ne descendent pas pour la rue pour revendiquer quelque chose mais pour se réjouir. Il ne s'agit pas d'une manifestation mais d'une grande fête en l'honneur de Jésus. Les gens ne crient pas « les actionnaires s'en mettent plein les poches » ils disent « béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ».

Pourtant, si on regarde bien, on voit vite qu'il ne s'agit pas d'une simple fête : il y a effet tout une catégorie de gens qui ne se réjouissent pas du tout : les scribes et les prêtres. On apprend un peu plus loin qu'à partir de ce moment là, ils vont chercher à le faire disparaître.

Et puis il y a autre indice, qui nous montre que le dimanche des rameaux traduit plus une situation de crise qu'une situation de fête, c'est le mot « hosanna », scandé par toute la foule. Or en hébreu, « Hosanna » ne signifie pas « gloire à Dieu » ou « Youpi » mais plutôt : « s'il te plait sauve-nous ».

Ce n'est donc pas une situation de fête mais plutot une situation de crise, une situation qui peut vite devenir véritablement explosive. Et le pouvoir en place, si prompte à faire executer Jean-Baptiste pour trouble à l'ordre publique, doit bien s'inquiéter de ce qui est en train de se passer. Si de telles structures avaient exister à l'époque, on aurait convoqué en urgence le G20 et un sommet de l'Otan pour gérer la crise!

Situation explosive. Forte revendication. La foule montre sa frustration. Chez nous aujourd'hui la crise économique, avec son lot d'injustice suscite ce genre de frustration : les inégalités apparaissent au grand jour, à cause du chômage des foules entières se retrouvent dans l'inactivité, elles découvrent la peur de la pauvreté et la peur de devenir complètement inutile à la société.

La foule manifeste et tout peut dégénérer.

Mais comment Jésus va-t-il gérer la situation ?

Marc nous raconte la fin de l'histoire avec le verset 11 : « Jésus entra à Jérusalem, dans le temple. Quand il eut tout regardé, comme il était déjà tard, il sortit vers Béthanie avec les douze. »

Bref, il ne se passe rien. Un véritable mouvement révolutionnaire aurait continué avec une grand discours enflammée de Jésus, avec une assemblée générale, avec l'attaque du palais du roi, de la bastille ou de je ne sais quel lieu de pouvoir.

Ici non, Jésus regarde tout et comme il est tard, il s'en va ! Cette grande manifestation accouche d'une souris. Les délégués syndicaux ont dû être franchement déçus!

A aucun moment Jésus ne cherche à transformer le mouvement de foule en insurrection.

Les idées de Jésus sont révolutionnaires, mais on le voit bien Jésus ne cherche pas la révolution au sens où nous l'entendons, au sens où les uns l'espère et ou d'autres la craignent.

Face à de telles troubles, l'attitude du chrétien ne se trouve ni dans celle de la foule qui désire le changement, ni dans celle des notables qui cherchent à maintenant l'ordre est établi. L'attitude du chrétien est entre les deux, sur les pas de Jésus qui va entrer dans sa passion.

A partir d'une grande manifestation publique, qui permet de faire éclater en plein jour à la fois les injustices mais aussi l'espérance magnifique de tout un peuple, Jésus nous entraîne maintenant à trouver la sortie de crise dans une transformation intérieure. A partir des rameaux, Jésus ne cherche plus le soutien de la foule, il rentre dans la passion, dans un combat contre le mal pour que chacun de nous puisse être libéré.

Une fois que nous avons exprimé notre rancoeur et notre haine, une fois que nous avons vu le journal télévisé avec son lot de mauvaises nouvelles, d'injustice, d'inégalités, il s'agit non pas de rester avec la foule en attendant la prochain Héros, le prochain Barak Obama, le prochain De Gaule ou je ne sais qui.

Non il s'agit d'aller avec Jésus, en s'engageant personnellement jusqu'au bout du combat. Ce combat pour un monde plus juste, ce combat pour la vérité, la liberté et l'égalité ne passera que par un combat individuel et engagé, un combat qui se finira par la mort et par la résurrection.

Que Dieu accompagne chacun de nous sur ce chemin, bien de loin de la foule versatile et dangereuse, mais ô combien plus proche de la vérité et de la liberté.

Amen